Rentrée : ce que l’école collecte sur votre enfant, et ce que vous pouvez refuser
Votre enfant entre à l’école et un dossier numérique s’ouvre à son nom. Il le suivra jusqu’au bac, parfois au-delà.
Vous avez des droits sur ce dossier. Ils ne sont pas ceux que la plupart des parents imaginent.
Publié le 31 août 2026 · Lecture : 8 minutes
Ce que l’école collecte réellement
Il y a l’évident : l’identité de votre enfant, sa date de naissance, votre adresse, vos coordonnées. Il y a aussi son identifiant national élève — un numéro unique attribué à l’entrée dans le système scolaire, qui permet de suivre un parcours d’une école à l’autre, pendant des années.
Et puis il y a tout ce qui s’est ajouté avec le passage au numérique. La CNIL, dans une fiche publiée le 24 août dernier, énumère ce que traitent les espaces numériques de travail et les outils qui les entourent :
- —le contenu des messages échangés entre l’école, votre enfant et vous ;
- —ses travaux scolaires ;
- —les documents personnels déposés dans son espace de stockage ;
- —ses notes, et les appréciations écrites par ses enseignants.
Prises une par une, ces informations sont banales. Rassemblées et conservées sur toute une scolarité, elles constituent une documentation continue d’une personne depuis ses trois ans — ses résultats, ses difficultés, ce que des adultes ont écrit d’elle.
Pourquoi ça n’est pas une inquiétude théorique
On pourrait s’arrêter là et trouver le sujet abstrait. Cet été a fourni la démonstration inverse.
Le 31 juillet, le ministère de l’Éducation nationale a confirmé une intrusion dans l’un de ses systèmes d’information. Les données susceptibles d’avoir été récupérées concernent les agents ayant exercé en académie depuis 2001 — autrement dit un quart de siècle de personnels — avec leur identité et leurs informations professionnelles, et pour une partie d’entre eux leur adresse, leur téléphone et leur numéro de sécurité sociale.
Précision nécessaire, parce qu’elle a beaucoup circulé de travers : cette intrusion touchait les personnels, pas les élèves. Le ministère indique que le système concerné ne contenait aucune donnée d’élève, ni donnée bancaire, ni mot de passe.
L’attaquant a affirmé le contraire. Rien n’est venu l’établir depuis. En l’état, il n’y a donc pas lieu de penser que le dossier scolaire de votre enfant a fuité — et nous ne l’écrirons pas tant que ce ne sera pas vérifié.
L’intérêt de cet épisode n’est pas de savoir qui a été touché cette fois-ci. Il est dans la manière dont c’est arrivé : l’accès s’est fait par l’usurpation d’un compte professionnel. Un seul.
Et ce n’est pas un cas isolé. Les deux autres grandes intrusions confirmées de l’été dans des services publics français ont emprunté le même chemin : des identifiants d’agents usurpés chez le fisc, un compte professionnel compromis chez Bloctel. Trois administrations, trois fois la même porte d’entrée, en un seul été.
Le dossier scolaire de votre enfant restera en place quinze ans. Il suffit d’un seul de ces étés pour qu’il en sorte.
C’est tout l’enjeu de ce qui suit. Vous ne pouvez pas empêcher une intrusion, et ce n’est pas votre rôle. Vous pouvez en revanche limiter ce qui se trouve à l’intérieur le jour où elle survient — et une donnée qui n’a jamais été transmise est la seule qui ne puisse pas fuiter.
Ce que vous pouvez refuser, et ce que vous ne pouvez pas
C’est ici que la plupart des parents se trompent, et généralement dans les deux sens à la fois.
Vous pouvez refuser
Ces usages reposent sur votre accord : sans lui, ils ne sont pas autorisés.
- La publication des photos de votre enfant : site de l’école, blog de classe, journal
- La mise en ligne d’un trombinoscope
- Toute nouvelle utilisation d’une photo déjà autorisée pour autre chose
- L’affichage de son nom sur les listes de classe placardées à l’extérieur
Vous ne pouvez pas refuser
Ces traitements relèvent d’une mission de service public, pas de votre consentement.
- L’espace numérique de travail lui-même
- Le carnet de notes et les appréciations
- L’identifiant national élève
- Le dossier administratif de scolarité
La colonne de droite surprend, et mérite une explication. La CNIL est explicite : pour ces traitements, le consentement ne peut pas servir de base légale. Un consentement valable doit être libre — or on ne peut pas dire non à son école sans conséquence pour son enfant. Le droit a donc choisi une autre voie : ces outils s’appuient sur la mission de service public, ce qui les rend obligatoires, mais les encadre strictement.
Ne pas pouvoir refuser ne veut pas dire ne rien pouvoir exiger.
Sur ces traitements que vous subissez, vous conservez le droit d’accéder aux données, de les faire rectifier, d’en demander la limitation, et de vous opposer à des usages précis. Et vous pouvez exiger qu’on vous dise qui les héberge, combien de temps elles sont conservées, et si elles partent hors d’Europe.
Les photos : le seul terrain où vous décidez vraiment
Pour publier l’image de votre enfant — sur le site de l’école, dans le journal, sur un blog de classe — l’établissement doit obtenir votre accord écrit. Pas un accord tacite, pas une case cochée par défaut.
Cet accord doit être précis sur trois points : pourquoi la photo est prise, sur quel support elle sera diffusée, et pendant combien de temps. C’est ce qui rend l’autorisation limitée — et c’est le détail le plus utile à connaître.
- —Une autorisation ne vaut que pour ce qu’elle nomme. Un accord donné pour le trombinoscope interne n’autorise pas à mettre ce trombinoscope en ligne. Un accord pour le journal de l’école n’autorise pas la page Facebook de l’association de parents.
- —Tout nouvel usage exige un nouvel accord. Changement de finalité, de support ou de public : il faut vous redemander.
- —Lisez le formulaire de rentrée avant de signer. C’est le document qu’on remplit en trois minutes le premier jour, au milieu de dix autres. C’est pourtant le seul de la pile où votre signature change quelque chose.
L’arnaque qui revient chaque rentrée
La CNIL signale des plateformes frauduleuses qui promettent aux élèves de découvrir la composition de leur classe avant l’affichage officiel. Le procédé est efficace parce qu’il vise une vraie impatience, celle de savoir avec quels copains on sera.
Ce ne sont pas des services : ce sont des collectes. On y entre son nom, son école, souvent son adresse e-mail ou son numéro, et on n’obtient évidemment rien — la composition des classes est établie par le chef d’établissement, et elle n’est connue que par les moyens d’affichage qu’il a lui-même décidés. Aucun site tiers ne peut la connaître avant lui.
C’est le bon moment pour en parler à un adolescent, avant qu’il ne tombe dessus seul.
Et l’affichage des listes à l’entrée de l’école
Beaucoup d’écoles affichent la composition des classes à l’extérieur, quelques jours avant la rentrée. C’est pratique, et ça paraît anodin.
La CNIL relève pourtant que cet affichage révèle à n’importe quel passant où se trouve un enfant précis, pendant toute une année scolaire. Pour la plupart des familles, ça n’a aucune conséquence. Pour d’autres — un parent déchu de l’autorité parentale, une situation de harcèlement — c’est une information qu’on préférerait garder pour soi.
Vous pouvez vous opposer à ce que le nom de votre enfant figure sur un affichage extérieur. La demande se fait auprès de l’établissement ou du délégué à la protection des données de l’académie. Un conseil pratique : faites-la avant la période d’affichage. Les listes restent parfois en place quelques jours seulement, et une opposition formulée après coup arrive trop tard.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
- —Lisez le formulaire de droit à l’image avant de le signer, et cochez précisément les usages qui vous conviennent plutôt que de tout accepter en bloc.
- —Si l’affichage extérieur des listes vous pose problème, écrivez à l’établissement dès maintenant — pas après la rentrée.
- —Prévenez votre ado que les sites promettant les listes de classe en avance sont des pièges à données.
- —Demandez à l’école quel outil numérique elle utilise, qui l’héberge, et où sont stockées les données. La réponse doit vous être fournie, et le délégué à la protection des données de l’académie est là pour ça.
- —Vérifiez ce que votre enfant dépose lui-même dans son espace de stockage : c’est la partie du dossier sur laquelle vous pouvez agir directement.
Sources
- CNIL — enseignement des premier et second degrés : règles et bonnes pratiques pour les outils collaboratifs en ligne (24 août 2026)
- CNIL — rentrée scolaire et affichage des listes des classes
- CNIL — utilisation des photos des élèves : faut-il l’accord des parents ?
- Ministère de l’Éducation nationale — incident de sécurité affectant les données de personnels (31 juillet 2026)